Travaux du comité de suivi LICENCE PROFESSIONNELLE publiés sous sa responsabilité

Comité de suivi des licences professionnelles
Synthèse des visites pour l'année universitaire 2003-2004


1. Rappel du contexte

L'article 15 de l'arrêté du 17 novembre 1999 relatif à la licence professionnelle précise " Un comité de suivi associant le CNESER et des représentants des établissements et secteurs de formation concernés est chargé d'examiner les questions soulevées par la mise en œuvre de la licence professionnelle ".

En 2003-2004, le comité de suivi a décidé de porter son attention principalement sur " les processus et méthodes qui permettent aux établissements et, au-delà à la communauté universitaire, de mieux connaître le devenir des titulaires d'une licence professionnelle et d'apprécier leur insertion professionnelle, tant d'un point de vue quantitatif que qualitatif ". Il a indiqué par ailleurs que " Secondairement, le dialogue avec les responsables et acteurs portera sur le partenariat avec le monde professionnel, considéré comme élément constitutif essentiel à la réussite en terme d'insertion professionnelle des diplômés ".

Les visites organisées dans ce cadre devaient se dérouler au travers de discussions de membres du Comité de Suivi avec le chef d'établissement, les responsables des composantes impliquées et particulièrement le responsable de la composante gérant la formation, des membres enseignants et non enseignants, de l'équipe de formation, représentatifs de celle-ci, des étudiants et anciens étudiants diplômés des années antérieures, au-delà, toute personne désignée par le chef d'établissement et susceptible de contribuer à la réussite de leur mission (responsable d'un observatoire ou chargé de mission sur l'insertion des diplômés, responsable du monde professionnel, ...).


2. Visites effectuées

Au cours de l'année 2003-2004, les visites suivantes ont été effectuées :


UNIVERSITE LICENCE(S) PRO à visiter SITE Représentant des ETS DE FORMATION Représentant des MILIEUX PROFESSIONNELS AUTRES MEMBRES (organisations représentées au CNESER)
Caen - Automatique et informatique industrielle 20024084 + les 2 LP expérimentales habilitées en 2003 : - métiers du génie biologique 20034196 et 20034197 IUT Caen R. EYCHENNE (CPU) M. PINKUS (MEDEF) A. MESLIAND (SNESUP)
Grenoble 1 – Lyon 1 (cohabilitation) Productions animales 20024143 Grenoble, Moirans, Lyon J.F. LE QUERLER (CPU) O. GLOKER (Ministère de l’Agriculture)  
Angers Hôtellerie et tourisme   G. RABY (CPU)
R. COUDERT (ADIUT)
  J. SIMBILLE (SGEN-CFDT)
Marne la Vallée Bois et ameublement 20014121 Ecole Boulle (Paris) et IUT Marne la Vallée M. METRO (proviseur) A. DU PELOUX (MEDEF)
C. ALEXANDRE (ministère de la Culture)
 
Toulouse 2 Réseaux et télécommunications 20024351 IUT Blagnac P. PIERROT (ADIUT) L. ESQUIVA (CGPME)  
Toulouse 3 Production industrielle 20024275        
Bordeaux 3 Activités culturelles et artistiques 20024335 Bordeaux J. P. BOREL (CPU) A. CHABONNIER (CFDT) Y. SOUCAZE (FAGE)
Bordeaux 4 commerce 20024337 Gironde S/ Dropt      
Grenoble 2 et Grenoble 1 (cohabilitation) Santé 20014110 IUT R. OCCELLI (ADIUT)   M. LARRAZET (PDE)
Grenoble 2 Assurance banque finance 20024239 IUT      
Besançon Gestion des ressources humaines 20024248 IUT Besançon-Vesoul A. BRILLARD (CPU) J. GUERIN (UGICT-CGT)  
Lyon 3 Sécurité des biens et des personnes 20024098 IUT Lyon 3 A. BRILLARD (CPU)   J.C. DROUET (UNSA)
Poitiers Accompagnement et insertion
20000850
UFR Sciences Humaines et Arts P. DONNET (ADIUT) I. KITTEL (ministère des affaires sociales) H. RABATE (SNPDEN)


3. Remarques générales

3.1 - Organisation des visites

A de rares exceptions près, il n'a pas été possible de rencontrer le chef de l'établissement au sein duquel la licence professionnelle est habilitée. Mais lorsque cette rencontre n'a pas été possible, le chef d'établissement était souvent représenté par l'un de ses collaborateurs proches (vice-président, par exemple). Le directeur de la composante responsable de la licence professionnelle était régulièrement présent dans ces rencontres. D'autre part, les visites n'ont pas toujours permis de rencontrer des étudiants anciens ou actuels de ces licences professionnelles visitées. Il serait certainement préférable de programmer les visites en début d'année civile, avant le départ en stage des étudiants.

L'accueil a été excellent de la part des personnes rencontrées et l'organisation très réussie des visites a permis de faire un large tour d'horizon du contexte général des licences professionnelles visitées (création de la licence professionnelle, modalités de recrutement des étudiants, évolution des effectifs, contenu de la formation, composition de l'équipe de formation, organisation pédagogique des différents temps de formation, …) et des dispositifs mis en œuvre pour faciliter l'insertion professionnelle des diplômés.

3.2 - Positionnement de la licence professionnelle dans l'offre de formation de l'établissement

La plupart des licences professionnelles sont bien insérées dans l'offre de formation de l'établissement qui en a l'habilitation. Les discussions avec les chefs d'établissement ou leurs représentants montrent que les licences professionnelles constituent souvent un enjeu de première importance pour les établissements. Beaucoup soulignent en effet l'intérêt particulier qu'ils attachent à ces niveaux de formation avec insertion professionnelle ciblée. La mise en place de la démarche LMD et la nécessité d'élargir les offres de formation au niveau bac+3 a fortement mobilisé les équipes de direction et les équipes de formation.

Il est à noter que certaines universités déjà inscrites dans la démarche LMD ont installé des parcours adaptés pour diversifier les publics accueillis. On peut toutefois regretter que l'équipe pédagogique qui intervient dans la plupart des licences professionnelles observées ne provienne souvent que d'une seule composante, ce qui limite probablement leur aptitude à attirer des étudiants des autres composantes. Ces questions pourraient faire l'objet d'une attention particulière du comité de suivi.

3.3 - Publics accueillis

D'une manière générale, les effectifs des licences professionnelles semblent raisonnablement adaptés au contexte professionnel local, régional ou national. Les responsables des licences professionnelles et des composantes concernées ne semblent pas vouloir recruter massivement, étant bien conscients de la nécessité d'adapter leurs effectifs au marché de l'emploi.

Quant à la diversité des publics accueillis, diversité qui est souvent recherchée par les responsables, les observations ne peuvent que confirmer globalement la pression de plus en plus forte exercée par les publics BTS, les candidats issus du DEUG ne constituant, par ailleurs, qu'une infime partie des candidats et des effectifs des licences professionnelles observées. Il convient de noter, de plus, que ces étudiants ne sont pas toujours vraiment désirés, compte tenu de leurs faiblesses en termes de formation technologique préalable. Selon plusieurs responsables, la professionnalisation en un an de publics DEUG ne peut pas être réalisée avec efficacité au sein des licences professionnelles. Ceci pose bien évidemment les questions de l'information à destination de ces publics DEUG et surtout de la mise en place de parcours aménagés dans le cycle L, en prévoyant en particulier des modules de préparation à la licence professionnelle en L2. Ces aménagements doivent se construire en fédérant les compétences des équipes de formation des diverses composantes concernées, si on souhaite renforcer l'attractivité des licences professionnelles pour ces publics et permettre leur accueil dans de bonnes conditions.

De l'aveu même de certains responsables de licences professionnelles, le nombre de dossiers de candidature est parfois insuffisant par rapport au nombre de places offertes. Il est à noter que plusieurs responsables de licences professionnelles opèrent une sélection en examinant le projet professionnel exprimé par les candidats à l'occasion d'un entretien, ce qui est tout particulièrement intéressant.

3.4 - Suivi de l'insertion professionnelle des diplômés

La plupart des établissements visités ont mis en place des dispositifs de mesure de l'insertion professionnelle de leurs diplômés, soit directement au sein de l'UFR ou du département portant la licence professionnelle, soit au travers d'une structure plus générale (Observatoire universitaire ou interuniversitaire) ou d'une structure liée à des caractéristiques particulières de fonctionnement de la licence professionnelle (CFA, service de formation continue, …).

L'un des objectifs des visites était également de faire réagir les interlocuteurs sur le projet de questionnaire de mesure de l'insertion professionnelle à diplôme + 2 ans. La plupart des interlocuteurs en ont accepté le principe, mais en ont déploré la longueur et les éventuelles lourdeurs de gestion liées à la collecte des réponses et au dépouillement de ces questionnaires. Ils font remarquer, par ailleurs, que la mesure de l'insertion professionnelle des diplômés est souvent effectuée peu de temps après l'obtention des diplômes (licences professionnelles nouvellement habilitées) et n'apporte donc qu'une vision partielle de cette insertion professionnelle, qui semble globalement correcte.

Notons enfin que la plupart des responsables rencontrés tiennent un discours clair par rapport aux poursuites d'études. Ce discours n'empêche toutefois pas certains diplômés de poursuivre des études, soit pour acquérir un niveau de formation plus élevé, soit pour acquérir des compétences complémentaires. Le cas particulier de licences professionnelles inscrites dans un domaine de formation offrant également un niveau master au sein du même établissement devrait faire l'objet, de ce point de vue, d'une attention particulière du comité de suivi.


4. Remarques particulières

Beaucoup de visites de terrain ont permis de mettre en lumière des points particuliers non conformes au cahier des charges des licences professionnelles tel qu'il résulte de l'arrêté de création du diplôme. Ces points étaient parfois déjà mentionnés dans le dossier présenté à l'habilitation et auraient alors dus être relevés par la commission nationale d'expertise. Dans les autres cas ils sont souvent la conséquence d'une dérive par rapport à la maquette initiale. L'attention des responsables doit être appelée sur le nécessaire respect des principales caractéristiques affichées dans le dossier initial et qui ont permis l'habilitation du diplôme.

4.1 - Partenaires institutionnels impliqués

Certaines licences professionnelles fonctionnent en partenariat avec des lycées ou avec des structures de formation publiques ou privées. Dans quelques cas extrêmes, ces licences professionnelles fonctionnent " loin " des universités dans lesquelles elles sont habilitées. Cet éloignement peut résulter d'un réel éloignement géographique par rapport à l'université " mère " ou d'un fonctionnement quasi autarcique par rapport à cette université mère. Si cette situation ne semble pas poser réellement de problèmes quant à la professionnalisation des études et à l'insertion professionnelle des diplômés, on peut néanmoins se poser des questions sur la diversité des origines des publics accueillis, sur la participation d'enseignants-chercheurs de l'université mère dans les licences professionnelles concernées, à la limite sur le caractère réellement universitaire de certaines formations.

4.2 - Partenaires professionnels impliqués

Le texte de création des licences professionnelles stipule que les professionnels doivent assurer au minimum 25% des heures de formation. Il faut bien évidemment entendre que les heures assurées par ces professionnels doivent porter sur le cœur du métier visé et être assurées par des professionnels d'entreprises ou de structures en lien très étroit avec le métier visé.

Force est de constater que cette exigence minimale n'est pas toujours respectée. Il s'agit de certaines licences professionnelles dont les métiers visés sont proches de la fonction publique ou des collectivités territoriales. Les licences professionnelles sont alors souvent portées par des UFR généralistes, qui offrent ainsi à leurs étudiants la possibilité d'obtenir un diplôme à bac+3, permettant de passer des concours accessibles à ce niveau.

Le Conseil de Perfectionnement n'existe pas toujours sur le terrain, ce qui est bien évidemment fortement préjudiciable en ce qui concerne l'évolution de la formation.

Les liens avec le monde professionnel peuvent s'exercer au travers de modalités particulières de fonctionnement des licences professionnelles : contrat de formation en alternance, formation continue, découpage du stage en plusieurs phases, …, qui assurent une proximité certaine entre la formation et le secteur d'emploi correspondant. Notons que ces dispositions particulières apportent une part non négligeable dans le financement des licences professionnelles correspondantes. La question de la pérennité des licences professionnelles fonctionnant selon un unique régime de formation initiale mérite d'être posée, d'autant plus que le texte de création de ces licences professionnelles stipule la mixité des publics (formations initiale et continue).

4.3 - La question des débouchés professionnels

Certaines licences professionnelles font référence à des métiers en "émergence". Sans nier l'existence de tels métiers, il est nécessaire de s'interroger sur l'intérêt de former des diplômés à bac+3, pour des métiers appartenant à des secteurs d'activité mal définis ou dont le volume du marché de l'emploi est peu quantifiable. Dans tous les cas il est nécessaire de d'évaluer le risque que l'on fait courir aux futurs diplômés.

Certaines licences professionnelles visitées visent des débouchés principalement auprès de collectivités locales ou de structures publiques. Il arrive alors que le premier métier occupé par le diplômé d'une licence professionnelle ne soit pas toujours en adéquation avec le secteur de formation de cette licence professionnelle. Dans d'autres secteurs d'activités, le niveau 2 de sortie souhaité ne semble pas toujours très clairement visé (problème du positionnement du niveau de sortie par rapport à une formation bac+2 (souvent BTS) dans le même domaine). Il reste à espérer que la progression de carrière des diplômés d'une licence professionnelle sera plus rapide que celle des diplômés à bac+2.

Un autre point particulier concerne les licences professionnelles s'inscrivant dans le champ social. La position des LP par rapport à des diplômes d'Etat du domaine ne semble pas clarifiée, certaines structures ne recrutant que des titulaires de ces autres diplômes. Il semble toutefois que les titulaires d'une LP de ce champ social et déjà bénéficiaires d'un contrat de travail améliorent leur situation d'emploi grâce à l'obtention d'une LP. La situation semble plus compliquée pour les étudiants en formation initiale. Des débouchés existent certainement pour eux, mais dans des structures plus fragiles du point de vue du recrutement et des rémunérations (associations, collectivités, ...).

4.4 - Point particulier des licences professionnelles " expérimentales "

Une seule licence professionnelle dite expérimentale (cursus s'étalant sur 6 semestres) a été observée, observation qui s'est déroulée en deux temps. Cette licence professionnelle est en fait une deuxième option d'une licence professionnelle habilitée en 2001. La deuxième visite a permis de constater que les recommandations accompagnant cette habilitation ont fait évoluer la situation dans un sens tout à fait favorable : le responsable a utilisé la possibilité d'aménager les parcours au cours de la formation qui conduit au DUT pour permettre à une partie des étudiants de mieux se préparer à la licence professionnelle. Cette licence professionnelle accueille par ailleurs des étudiants issus d'autres cursus. Des enseignements de mise à niveau ont été mis en place pour ces étudiants et la collaboration avec d'autres composantes de l'Université fonctionne. La conclusion de cette observation est que la licence qui avait bénéficié d'une habilitation avec recommandations respecte maintenant le cahier des charges des licences professionnelles.


5. Conclusion

Les visites de terrain ont toujours élargi l'angle d'observation de la seule insertion professionnelle des diplômés.
Ces visites ont très souvent conforté la bonne adéquation des licences professionnelles observées avec la réalité du marché de l'emploi, aussi bien en termes de secteurs visés que d'effectifs accueillis, même s'il est parfois difficile de mesurer l'adéquation entre le niveau de sortie et le niveau de qualification pour les diplômés des licences professionnelles.
En revanche, on peut être inquiet sur le fonctionnement de certaines licences professionnelles éloignées de leur université mère : présence par trop réduite d'enseignants-chercheurs dans l'équipe pédagogique, absence d'un véritable environnement universitaire, …
De même, le non respect du pourcentage minimal de professionnels issus d'entreprise ou intervenant sur le métier visé peut laisser craindre une coupure progressive entre la formation et les réalités du marché de l'emploi.

Le problème des licences professionnelles visant des métiers dans la fonction publique ou les collectivités locales est un cas particulier à examiner avec attention. Le problème des licences professionnelles dans le secteur des sciences humaines est toujours d'actualité.
Le comité de suivi souhaite attirer l'attention de la commission nationale d'expertise sur la vigilance à apporter quant au respect des points essentiels du cahier des charges des licences professionnelles. Les risques de dérive sont en effet suffisamment importants pour ne pas autoriser la mise en place puis laisser fonctionner des licences professionnelles qui ne respectent pas dès leur conception des points essentiels. A ce sujet, la note de cadrage rédigée par la commission nationale d'expertise à l'issue de la campagne d'habilitation 2004 est une base qu'il convient de garder à l'esprit.